Le guide pour créer son propre pays (et c’est pas si compliqué que ça)

Économie 27 août 2016

Le guide pour créer son propre pays (et c’est pas si compliqué que ça)

Pour échapper aux impôts ou bien à la politique gênante de votre pays, on n’a pas beaucoup de solutions : on peut déménager ailleurs… ou on peut créer son propre pays !

Comme il serait irréaliste de vous déclarer le nouveau roi de France, commençons par viser plus petit en créant un état rien que pour vous : une micro-nation. Rien ne vous empêchera ensuite de déclarer la guerre à d’autres pays pour agrandir votre territoire (enfin… presque rien).

Voyons ensemble les démarches à suivre pour créer son propre pays, et découvrons plein d’exemples incroyables de gens qui ont déjà fait ça avant vous.

Étape 1 : pour créer son propre pays, il faut trouver un bon territoire

Eh oui ! Pour créer son propre pays indépendant, il faut un territoire ! Le plus simple est d’utiliser votre jardin si vous en possédez un. C’est ce qu’a fait Leonard George Casley en 1970 : ce fermier, refusant les quotas agricoles du gouvernement australien, a décidé de transformer ses champs en une nouvelle entité indépendante. Il la nomma la principauté de Hutt River.

Une carte de l'Hutt River - créer son propre pays
Une carte de l’Hutt River

Depuis plus de 40 ans, Leonard (auto-proclamé Prince Léonard 1er) se bat pour faire reconnaître l’indépendance de sa principauté. Les autorités Australiennes considèrent sa micronation avec bienveillance, bien qu’elles tapent parfois du poing sur la table lorsque le Prince dépasse les bornes.

Il prétend par exemple posséder une note secrète du gouvernement Australien qui confirmerait l’indépendance de son territoire, et qui lui offrirait un cadre légal clair. Mais pour l’instant, l’Australie (et bien sûr le reste du monde) n’a jamais officiellement rien déclaré de tel. D’ailleurs, les passeports émis par la principauté de Hutt River n’ont pour le moment aucune valeur légale.

Leonard George Casley et sa femme, la princesse. - créer son propre pays
Leonard George Casley et sa femme, la princesse.

Depuis 1988, la principauté dispose d’une armée (et voici son site officiel). Combien de soldats ? Personne ne sait vraiment, d’ailleurs la page du site à ce propos est « en construction ». Depuis 2004, Hutt River délivre même des licences bancaires (pour permettre à des banques d’opérer sur le territoire) et des autorisations d’ouverture de casinos en ligne.

Les choses ont l’air de se dérouler tranquillement pour l’Hutt River, mais ce n’est pas le cas pour toutes les micro-nations. En effet, pour éviter de voir l’armée arriver chez vous après avoir revendiqué un territoire, il est préférable de choisir un espace qui n’est revendiqué par personne. C’est ce qu’a fait Roy Bates en 1967 lorsqu’il a déclaré l’indépendance du Sealand, dont la capitale se situe sur un ancien fort militaire britannique dans la mer du Nord.

créer son propre pays : Fort Roughs, capitale du Sealand
Fort Roughs, capitale du Sealand

La population de Sealand n’excèderait que rarement les 5 habitants. Mais alors que font les gens sur la plateforme ? Depuis quelques années, ils ont pour idée de créer un « paradis offshore » pour l’Internet. Autrement dit, une plateforme d’hébergement de sites et de contenus complètement à l’abris des autres états.

Le premier projet consistait en un casino en ligne dont les gains seraient exemptés d’impôts. Le projet n’a cependant pas vu le jour. Rien n’est simple pour Sealand : aucun pays du monde n’a jusqu’à aujourd’hui reconnu cette micronation, et les choses ne semblent pas prêtes de changer.

Revenons-en à la création de votre pays ! Si tous les territoires non revendiqués sont déjà pris par d’autres micronations, rien ne vous empêche de créer une petite île artificielle comme Michael Oliver, milliardaire de Las Vegas qui fit émerger en plein pacifique la république de Minerva, un état particulièrement laxiste.

Drapeau de la République de Minerva - créer son propre pays
Drapeau de la République de Minerva

Méfiez-vous tout de même des autres pays : Minerva a été annexée par les îles Tonga peu après sa fondation.

Pour être certain de ne pas avoir d’ennuis, vous pouvez vous établir sur un territoire virtuel comme le Kingdom of Lovely, basé en partie sur internet. Le fondateur de ce territoire a d’ailleurs créé une série intitulée « How to start your own country » (Comment créer son propre pays) dans lequel il raconte son parcours.

Dans le genre « territoire auto-virtuel », une autre micro-nation appelée l’empire Aéricain, fondé en 1987, revendique un morceau de Mars et des planètes imaginaires. Si vous souhaitez demander la nationalité aéricaine, c’est par ici et c’est gratuit !

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Drapeau de l’empire aéricain

Étape 2 : créez un joli hymne et un beau drapeau

Une véritable nation dispose d’une culture, d’une identité propre. Pour donner de la vie à votre nouveau pays, insufflez-lui une âme en le dotant d’un hymne national, d’une devise, d’un drapeau, etc. N’oubliez pas de créer un site officiel pour donner de la vie à votre nouvelle terre promise !

Voici les hymnes nationaux du Sealand et du Liberland :

https://www.youtube.com/watch?v=9w8akRVIq-Q

Étape 3 : séduisez des touristes et des mafieux

Si vous voulez définitivement couper les liens avec votre ancien pays, mieux vaut consolider l’économie de votre micronation. Comme les territoires sur lesquels se basent les micronations n’ont pas de ressources naturelles (dans le cas contraire, ils auraient été revendiqués depuis longtemps !), il va falloir trouver autre chose.

Le tourisme se révèle être un bon moyen de remplir vos caisses. Les touristes seront ravis d’acquérir des éléments folkloriques d’un pays fantaisiste. Vous pourrez leur vendre des timbres émis par votre service postal, ou encore des pièces de votre monnaie nouvellement frappée.

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Timbres du Saugeais, micronation à la frontière franco-italienne
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Pièce du Sealand frappée en 1994

Comme le Sealand, vous pouvez aussi vendre des titres honorifiques de Lord ou de Baron en l’échange de quelques livres sterling. En faisant cela, vous augmenterez de facto votre population, un plus pour asseoir votre légitimité.

Comme je le disais précédemment, le Sealand vend aussi des licences d’exploitation à des entrepreneurs assez louches (dans la pharmacie ou le casino en ligne). À chaque fois, c’est plutôt louche. Bref, à vous de voir.

Bon mais légalement, c’est quoi une micronation ?

Commençons par dire ce qu’est un état. Ceux qui créent une micronation basent souvent leurs revendications sur la convention de Montevideo signée en 1933, qui définit un état dans son premier article.

L’état comme personne de droit international doit réunir toutes les conditions suivantes :

  1. Une population permanente.
  2. Un territoire déterminé
  3. La capacité d’entrer en relation avec les autres états.

La plupart des micronations ne remplissent pas tous ces critères : leurs territoires inhospitaliers ne permettent pas la présence d’une population permanente et les seuls interlocuteurs diplomatiques des micronations ne sont usuellement que d’autres micronations.

Beaucoup de micronations ne sont créées que dans le seul but d’affirmer un idéal idéologique, de décrire une utopie politique ou de dénoncer les politiques des états « classiques ». Le Liberland, à la frontière entre la Serbie et la Croatie, tente d’établir un état libertaire avec une économie basée sur des crypto-monnaies. Sa devise : « vivre et laisser vivre ».

Le Liberland, l’exemple une micronation toute récente

Le Liberland essaie de profiter d’un différend concernant la frontière entre la Croatie et la Serbie depuis 2015. Malheureusement pour ses habitants, les polices Croates et Serbes sont assez répressives et chassent régulièrement les occupants du territoire auto-proclamé.

Une visite du Liberland est dispo sur Youtube si vous êtes curieux :

Puis si vous souhaitez devenir citoyen du Liberland, ça se passe par ici.

La reconnaissance d’un état, ça ne concerne pas que les micronations

Ce n’est pas le manque de reconnaissance internationale des micronations mais surtout leur caractère virtuel ou fantaisiste qui ne leur permet pas d’accéder au rang d’état. Il faut savoir que les états membres des Nations Unies (ONU) ne se reconnaissent même pas tous mutuellement.

L’exemple le plus révélateur est celui d’Israël : 21 autres pays de l’ONU jugent que le gouvernement israélien est illégitime (c’est le cas de la Syrie, de l’Arabie Saoudite, de l’Irak, du Pakistan, des pays du Maghreb entre autres).

Il arrive que des régions entières de certains états ne soient pas contrôlées par le gouvernement mais par des indépendantistes. Le Somaliland (au nord de la Somalie) est ainsi indépendant depuis 1991. Ce pays dispose d’une monnaie en circulation, de services de télévision, d’un aéroport, d’une armée et tient régulièrement des élections. Néanmoins, cette indépendance n’est pas reconnue par la Somalie ni par aucun autre pays de la communauté internationale.

L'exemple de la Somalie
L’exemple de la Somalie

Parfois, la souveraineté d’un territoire est revendiquée par deux états différents : c’est le cas de la Corée, territoire revendiqué par la République Démocratique Populaire de Corée (Corée du Nord) et par la République de Corée (Corée du Sud). Ces deux entités sont membres de l’ONU.

Créer son propre pays, en résumé

Créer son propre pays va s’avérer compliqué, je ne vous le cache pas : après avoir trouvé un territoire « apparemment » libre, vous devrez vous battre pour faire reconnaître votre état. Pour financer votre projet, pensez au tourisme ou à des activités commerciales sur Internet par exemple.

À l’heure actuel, aucune micro-nation auto-proclamée n’a jamais réussi à obtenir le statut d’état. Si le sujet vous intéresse, vous pourrez découvrir plus de micronations grâce à cette liste.

 

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Comprendre l'économie et la politique

Je suis un polytechnicien qui adore la physique, la géopolitique et les sushis.

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10commentaires

des plus récents
Meilleur des plus récents des plus anciens
1

Bonjour Vincent

Nous sommes un collectif artistique, en constitution, dont le thème principal est l’après.

Nous envisagions entre autre de réaliser un guide de constitution de micro-nation, ludique et fantaisiste (micro-nation liquide, cosmique etc.).

Cet article nous semble être un excellent support , avec son approche humoristique.

Nous souhaitons savoir si nous pouvions nous en inspirer et si oui selon quelles modalités.

Par avance merci.

Michel, pour le collectif

2

Bonjour Michel,

Tant que vous citez l’auteur (Vincent Rollet) et l’Institut Pandore, c’est tout bon 🙂 Pas de contraintes particulières. À cela près que je serais ravi d’en savoir plus sur votre projet ! N’hésitez pas à m’écrire à [email protected] pour m’en parler, nous pouvons peut-être faire quelque chose ensemble par la suite. Votre sujet et votre axe ont l’air top.

Bonne journée,
Stéphane

3

Bonjour Monsieur Rollet.

Il me semble utile en tant que représentant de la Principauté d’Austrasie d’ajouter que nous avons également des objectifs historiques, écologiques et humanistes à défendre.

Il est important aussi de signaler que nous ne demandons pas d’argent pour la nationalité.

4

Cet article est vraiment intéressant … Je dois avouer que je ne suis absolument pas “calé” en géopolitique ni en principes légaux concernant les états et leur création… Mais partant du principe selon lequel les peuples ont le droit de disposer d’eux même, ne pensez vous pas que si on ne se sent pas français, il serait légitime de créer son propre état en se définissant comme membre d’un autre peuple que le peuple français?

Je voudrais également poser des questions aux membres de micro états non reconnus (Geoffrey et Le Prince d’Austrasie) : Les états voisins (ou même auquels le territoire de vos etats a été volé ) ne sont ils pas hostiles aux micro etats ainsi qu’aux activités parfois illégales du point de vue de l’état en question qui peuvent avoir lieu ? Ne considèrent ils pas ces micro etats comme organisations terroristes qui annexent leur propre territoire pour y proclamer des lois qui ne sont pas les leurs ?

Ces états n’ont ils jamais envoyé la police pour vous chasser ? Pensez vous avoir le droit légitime de chasser les étrangers ou la police d’autres États hors de vos micro états?

Vous sentez vous vous mêmes prêts à mourrir ou à être emprisonné pour vos micro états?

J’espère que vous répondrez a ces questions, étant vraiment intéressé par ce sujet.

Je vous remercie tous par avance

-Jean Ladoire

5

Bonjour,

En réalité, nous ne sommes pas un micro Etat, mais une micro nation. la nuance est importante car un état se défini par des frontières(par exemple) une nation englobe une population peu importe où elle se trouve. Pour faire dans la caricature, Le Tibet n’est pas un état mais est une nation 😉

Ensuite nous nous entendons très bien avec les états voisins. Qui dans le pire des cas nous ignore royalement, et dans d’autres (plus au niveau des communes) sont heureux de collaborer avec nous.

En ce qui concerne nos activités, elles sont totalement légales (émissions radios, évènements divers) Nous ne vendons rien ne demandons pas d’argent et sommes très sélectif avec nos “membres”.

Nous serions ravis d’en discuter par mail par exemple 😉

6

Bonjour Jean ! J’espère qu’ils vous répondront ! 🙂

7

Merci pour ce retour 🙂

J’écris actuellement un livre sur la Principauté de Sealand et suis engagé dans différents projets micronationaux.

N’hésitez pas à me contacter si vous avez besoin d’infos.

Cordialement,

Geoffrey

8

Bonjour Geoffrey

Votre livre m’ intéraisserai sur la principauté de Sealand ainsi que la connaissance pour vos projets micronationaux donc si vous êtes français (désoler d’avance si vous êtes réellement français mais c’est juste que je ne parle pas anglais)j’aimerai beaucoup vous contacter si possibilité

Si vous voulez me joindre j’ai snapshat mon pseudo est evannLP56 ou Evann Le Pen ( je ne suis pas de la famille de marine le Pen et j’en suis TRÈS content)

À bientôt

Evann

9

Bonjour Vincent.

J’ai bien aimé votre article mais en tant que citoyen (non-résident) de la Principauté de Sealand, je dois vous dire que vous avez fait une erreur de localisation 😉 Sealand est en Mer du Nord et non dans la Manche (bon je sais, je chipote à quelques miles marins près).

Par ailleurs, le projet « Sealand Casino » n’a jamais été revendiqué officiellement sur le site de la Principauté (du moins à ma connaissance). De plus, ce projet n’a jamais vraiment vu le jour car le site n’a jamais été lancé. Du moins, jamais sous le nom « Sealand Casino ».

Lorsque l’on sonde les archives du Web, on remarque que son infrastructure était déjà existante depuis plus d’un an et était gérée par une société de jeux en ligne enregistrée à Gibraltar (ces entreprises sont souvent intraçables car elles changent sans cesse de noms, de liens et se font enregistrer dans des paradis fiscaux).

Sealand est un cas à part qui fait encore couler un peu d’encre chez les juristes. Le Royaume Uni ne reconnait pas son indépendance mais leur laisse une vraie liberté et autonomie d’actions (il faut dire qu’ils ne font pas de vagues sans mauvais jeu de mots, donc une forme d’homéostasie tacite s’est installée entre les deux royaumes).

Autrement, le micronationalisme ne sert pas uniquement à faire sécession 🙂

Dans le monde francophone, des micronations ont été créées pour défendre des projets associatifs et solidaires. Je pense notamment à la Principauté d’Aigues Mortes, qui travaille sur le concept de la citoyenneté alternative. L’idée est de favoriser les actions locales au travers d’un sentiment d’appartenance, mais sans repli identitaire ni renfermement. Ils ne défient pas les instances républicaines mais favorisent une cohésion et invitent des gens de tout bord à participer au projet. En ce moment, ils travaillent sur le lancement d’une Monnaie Locale Complémentaire pour re-booster l’économie locale et favoriser le commerce de proximité.

Au plaisir d’échanger avec vous 🙂

Si votre article prend la forme d’un livre, je serai le premier à l’acheter 😉

Auteur10

Bonjour,

Merci beaucoup pour ces informations supplémentaires qui apportent un éclairage complémentaire sur le sujet des micronations, c’est vraiment très intéressant ! Je fais les corrections nécessaires pour l’erreur de localisation.

Vous avez tout à fait raison de souligner l’utilité des micronations comme terrain d’expérimentation pour des concepts nouveaux. C’est cet aspect des micronations qui est le plus intéressant à étudier et qui donne le plus à réfléchir.

Merci encore,

Vincent