Comprendre la démocratie Athénienne en 87 secondes

Économie 1 septembre 2016

Comprendre la démocratie Athénienne en 87 secondes

Imaginez que tous les politiques que vous voyez à la télé depuis 20/30 ans disparaissent du jour au lendemain, et que l’on doive recréer un système politique en partant de zéro…

Et si au lieu d’organiser des élections, de faire campagne et d’assister à des débats politiques sans fin ; on organisait un tirage au sort au sein du peuple pour désigner nos représentants politiques ? 

Ça a peut-être l’air absurde, mais c’est comme ça qu’a fonctionné Athènes pendant 200 ans.

Folie ou génie ? Vaste question. Vous allez justement apprendre comment s’y sont pris les Athéniens pour éviter les dérives du système et comment ils s’organisaient au quotidien. Zoom sur la démocratie Athénienne.

Une petite mise au point géographique pour commencer : carte de la Grèce
Une petite mise au point géographique pour commencer

Tout a commencé il y a 2 500 ans…

Et pourtant, aujourd’hui on se sert encore de mots grecs pour parler politique, c’est dire comme ils nous ont inspirés :

  • Oligarchie : “pouvoir de quelques uns”
  • Monarchie : “pouvoir d’un seul” 
  • Aristocratie : “pouvoir des meilleurs”
  • Démocratie : “pouvoir du peuple” 

Comment est née la démocratie athénienne ?

Tout grand changement vient d’une grande crise. Jusqu’ici, rien de nouveau. Eh bien ça vaut aussi pour Athènes.

C’est au VIIIe siècle avant J-C que s’est formée la Cité-État d’Athènes. Plutôt qu’être dirigée par un roi, Athènes est alors gouvernée par un petit groupe de puissants aristocrates, les Eupatrides = “les bien nés” : c’est ce que l’on appelle une oligarchie.

Cette période oligarchique a été marquée par la tyrannie des classes dominantes, mais aussi par de nombreuses crises sociales : les riches devenaient de plus en plus riches, et les pauvres de plus en plus pauvres. C’est à ce moment là que des réformateurs ont mis en place les fondements de la démocratie athénienne, avec l’idée de favoriser la participation des citoyens à la vie politique de la Cité.

La démocratie athénienne a été instaurée par 3 grands réformateurs : Dracon, Solon et Clisthène. Mais l’Histoire retient surtout le nom de Clisthène, un aristocrate, qui aurait introduit la démocratie directe en 508 avant J-C. Elle fut abolie 200 ans après par les Macédoniens lorsqu’ils ont conquis Athènes en 322 avant J-C.

3 réformateurs de la démocratie athénienne

Et pourquoi on tirait au sort ?

À l’époque, tirer au sort, c’était aussi demander l’avis des Dieux. Si vous vouliez que les dieux vous éclairent sur une question épineuse, vous pouviez recourir au sort. D’ailleurs, même les prêtres étaient tirés au sort : les Athéniens considéraient que les religieux étaient les serviteurs des divinités, et qu’il revenait donc aux Dieux de les choisir.

C’est seulement au Ve siècle avant J-C que le tirage au sort est devenu un réel outil démocratique, car il permettait de maintenir l’égalité des citoyens et leur droit à gouverner.

Pour comprendre, il faut avoir en tête que les Athéniens ont tiré des leçons des années de tyrannie qu’ils ont vécues. Leur conclusion : le pouvoir politique corrompt, même les plus vertueux se font avoir et finissent par poursuivre leur intérêt personnel plutôt que l’intérêt général.

C’est donc pour éviter la corruption que cette démocratie directe a été mise en place. Ainsi, TOUS les Athéniens pouvaient jouer un rôle politique dans la Cité. Plus besoin d’être aristocrate, ni d’être riche pour gouverner… Les citoyens les plus pauvres avaient aussi leur mot à dire.

La démocratie athénienne : comment ça marche ?

Pour instaurer la démocratie dans la Cité : il fallait un lieu où tous les citoyens se rassemblent pour exposer leurs idées et débattre des questions de société. Les Athéniens ont alors construit l’Assemblée du Peuple ou l’Ecclésia, où 6 000 citoyens étaient attendus pour échanger.

Un plan d'Athènes et des différentes institutions que vous allez découvrir pour comprendre la démocratie athénienne
Un plan d’Athènes et des différentes institutions

À cette Assemblée s’ajoutent d’autres instances :

  • La Boulé : c’est une assemblée de 500 citoyens qui, une fois tirés au sort, devenaient membres du Conseil. Ils préparaient les séances de l’Ecclésia où les grandes questions de société étaient évoquées, et mettaient en place les lois votées par l’Assemblée.
  • L’Heliée : il s’agit du Tribunal du Peuple, où des centaines de jurys tirés au sort se réunissaient pour entendre les procès d’affaires civiles et criminelles. Le Tribunal du Peuple s’occupait également d’affaires politiques : par exemple si un représentant faisait mal son travail, le Tribunal pouvait le révoquer à tout moment.
  • L’Aéropage : c’est un Tribunal formé d’anciens archontes (les citoyens les plus riches). Il avait beaucoup de pouvoir à l’époque pré-démocratique, mais Clisthène et Solon lui ont retiré ses fonctions judiciaires pour donner plus de pouvoir à l’Héliée. L’Aéropage s’occupait principalement d’affaires criminelles.

Des citoyens qui deviennent magistrats

Pour mettre en place les lois votées par les citoyens à l’Assemblée, des magistrats étaient élus ou tirés au sort parmi le peuple. À cette époque, le mot magistrat ne désignait pas la même chose qu’aujourd’hui.

Aristote dans La Politique, distingue 6 catégories de magistrats :

  • Les magistrats religieux (10 archontes).
  • Les magistrats militaires qui commandent l’armée terrestre et navale (10 stratèges élus par l’Assemblée).
  • Les magistrats des finances.
  • Les inspecteurs (des marchés, des édifices, des routes…).
  • Les magistrats judiciaires.
  • Les magistrats chargés de préparer les commissions pour l’Assemblée du Peuple.

Leur pouvoir se limitait à présider les tribunaux, à infliger des amendes mineures, à contrôler les fonds publics et les ouvriers. Gardez en tête que les Athéniens minimisaient leur pouvoir pour éviter la corruption.

Les magistrats n’étaient que de simples serviteurs du peuple car ils devaient avant tout faire appliquer les décisions prises par les citoyens à l’Assemblée.

Démocratie athénienne
Un petit récapitulatif de toutes les institutions démocratiques

Et si on tirait au sort un criminel psychopathe ?

Bien sûr, les Athéniens n’étaient pas fous, et eux aussi avaient peur que le sort désigne un incompétent, un fou, ou un citoyen mal intentionné. Pour éviter cela, des institutions protectrices qui contrôlent les citoyens tirés au sort ont été mises en place.

D’abord, il faut savoir que seuls les citoyens volontaires étaient tirés au sort, pour un mandat court et non renouvelable.

Une fois désigné par le sort, le candidat était soumis à la docimasie : il s’agissait d’un examen de moralité qui avait lieu au Tribunal du Peuple. Le candidat devait répondre à des questions devant les citoyens : il devait prouver qu’il s’occupait bien de ses parents, qu’il avait fait son service militaire, il devait dire à quel culte religieux il participait, etc.

Chaque citoyen était libre de lui poser des questions. Ensuite on votait pour dire si le citoyen était digne du poste qu’il allait pourvoir.

Si les citoyens n’étaient toujours pas sûrs des bonnes intentions du candidat tiré au sort, ils pouvaient aussi demander l’ostracisme. Mis en place par Clisthène, il s’agit d’un vote qui consiste à bannir un citoyen tiré au sort que l’on soupçonne mauvais et dont on a peur. Lorsque l’ostracisme était demandé, les 6 000 citoyens se retrouvaient à l’Assemblée, inscrivaient le nom de la personne à bannir. Le nom qui revenait le plus souvent était alors banni de la vie politique pendant 10 ans et forcé à l’exil.

Lorsque l'ostracisme était demandé, les citoyens écrivaient les noms sur des morceaux de poterie.
Lorsque l’ostracisme était demandé, les citoyens écrivaient les noms sur des morceaux de poterie.

Lorsque le citoyen était validé par l’Assemblée et devenait magistrat, il restait sous contrôle des citoyens qui pouvaient le révoquer à tout moment s’il ne faisait pas correctement son travail. De même, à la fin de son mandat d’un an, le magistrat était convoqué par le Tribunal du Peuple pour rendre des comptes aux citoyens (la reddition des comptes), sur les fonds publics qui lui étaient confiés par exemple.

Toutes ces institutions permettent d’une part de rendre le tirage au sort vertueux sans craindre d’être “dirigé” par un magistrat aux intentions douteuses ; et d’autre part, elles assurent la rotation des postes pour que chaque citoyen puisse tôt ou tard exercer une fonction politique au sein de la Cité.

Comment ça se passait à l’Assemblée ?

Les jours d’Assemblée, 6 000 citoyens étaient attendus pour débattre et voter des questions mises à l’ordre du jour par la boulé.

Une représentation de la boulé.
Une représentation de la Boulé.

Dès l’aube, le peuple affluait sur les routes pour rejoindre l’Assemblée. Certains devaient même partir de chez eux la veille pour arriver à temps. Une fois les 6 000 citoyens installés, on commençait par un sacrifice : un cochon était abattu et une malédiction était lancée contre tout mauvais citoyen présent dans l’Assemblée, qui tenterait de corrompre le peuple.

Alors bien évidemment, dans une Assemblée de 6 000 personnes, avoir un échange sous forme de discussion est impossible. Les débats prenait alors la forme d’une succession de discours (un peu comme on voit aujourd’hui à l’Assemblée Nationale), jusqu’à ce que les participants votent à main levée les lois et les déclarations de guerre, que les magistrats appliquaient ensuite. 

Et aujourd’hui, où en est le tirage au sort ?

Depuis plusieurs siècles déjà, l’élection a remplacé le tirage au sort qui n’a plus sa place en politique.

Aujourd’hui, seuls des jurys populaires sont tirés au sort en France, aux États-Unis et en AngleterreToute personne étant inscrite sur une liste électorale, peut être appelée à tout moment pour participer au jugement d’affaires civiles ou pénales

Quelques mots pour conclure sur la démocratie Athénienne…

Aujourd’hui, certains aimeraient remettre le tirage au sort au goût du jour, d’autres ne jurent que par les élections…

Quoi qu’il en soit, recréer le Athènes d’il y a 2 500 ans paraît idéaliste. Il s’agissait d’une autre époque, d’un autre système…

Les Athéniens avaient des moeurs et des valeurs différentes des nôtres. Mais surtout, ils avaient la volonté d’être et de rendre la politique vertueuse ; et de nos jours, moralité et politique ne vont pas toujours de pair.

Si la démocratie Athénienne vous intéresse, découvrez l’excellent livre “La démocratie athénienne à l’époque de Démosthène : Structure, principes et idéologie” de Mogens-Herman Hansen pour en savoir plus.

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Rédactrice — diplômée en littérature, passionnée de philosophie et de plein de trucs cool qui font réfléchir.

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2commentaires

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Je n’avais pas connaissance du système aléatoire, très intéressant mais requiert finalement autant d’attractivité que de méfiance. Avec l’évolution des mentalités et l’égo-centrisme actuel, difficile de croire que cela pourrait fonctionner à grande échelle ; en revanche ça pourrait être un banc d’essai pour les communes à faibles taux d’habitants.

Malgré tout je pense que la mentalité actuelle est trop diverse ; tous les partis politiques sont trop différents les uns des autres même s’ils ne sont pas censés l’être. Donc ça pourrait engendrer des problèmes lorsque des personnes d’une idéologie fortement minoritaire sont désignés, le hasard ne fait pas toujours bien les choses.

D’une autre part cela permet aussi de comprendre la manière de penser des grecs des temps anciens, qui référaient leur savoir à celui des plus grands orateurs par manque de connaissance politique (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle les pro-oligarques de l’époque mettaient aussi peu en avant les bienfaits de la démocratie directe).

Article très intéressant en tout cas, merci pour la publication ! ^^

Auteur2

Merci pour votre commentaire riche en réflexion, et ravie de vous avoir éclairé sur le sujet !
A bientôt !