Pourquoi Descartes a dit “je pense donc je suis” ?

Philosophie 28 octobre 2016

Pourquoi Descartes a dit “je pense donc je suis” ?

Non, “Descartes” n’est pas seulement le nom d’un lycée ou d’un arrêt de bus. Descartes, c’est l’histoire d’un mec brillant du XVIIe siècle, qui avec ses découvertes, a bouleversé la philosophie.

Descartes est donc avant tout un philosophe, un mathématicien et un physicien. Et autant vous dire qu’il pèse. On a même créé un adjectif avec son nom : on dit de quelqu’un qu’il est “cartésien” pour souligner son esprit rationnel.

Alors maintenant, vous vous demandez peut-être quel est le rapport entre Descartes et un esprit rationnel ? C’est simple. Toute sa vie, Descartes s’est intéressé à la puissance de l’esprit humain face à la connaissance — autrement dit, pourquoi on sait tant de choses dans notre petite tête et comment on peut être sûr qu’elles sont vraies ?

Il a cherché, il a cherché…
Et puis un jour, Descartes a dit Je pense donc je suis et tout s’est éclairé…

je pense donc je suisQu’est-ce qu’il lui est arrivé pour dire un truc pareil ?

Eh bien, après plusieurs années de réflexion, Descartes s’est levé un matin en se disant : “c’est dingue, je sais et j’ai appris plein de trucs au cours de ma vie. Mais en même temps, il m’est aussi arrivé de savoir des choses fausses en croyant qu’elles étaient vraies… Alors du coup, il se peut que TOUT ce que je sais soit faux ?”

Cette question, vous auriez très bien pu vous la poser le jour où vous avez découvert que le Père Noël n’existait pas — et que tout votre monde s’est écroulé autour de vous.

Descartes, lui, l’a fait dans un but précis : chercher la vérité. Il écrit vouloir “trouver seulement une chose qui soit certaine et indubitable” (Méditations métaphysiques) ; c‘est-à-dire trouver une chose qu’absolument personne ne puisse mettre en doute.

Alors pour poursuivre sa quête vers la vérité, il a remis en doute tout son savoir.

Mais il a pété un câble pour se mettre à douter de tout ou quoi ? 

Non, du tout. Sa quête est raisonnée et vient de deux constats majeurs :

  • Constat n°1 : il réalise qu’une partie de son savoir est faux ou erroné, et qu’on ne peut finalement jamais être sûr d’une vérité. Et pour un scientifique, c’est moyen moyen.
  • Constat n°2 : il découvre que nos 5 sens sont trompeurs et nous éloignent de la vérité, car ce que nous percevons par nos sens est subjectif. — Par exemple : faites sentir un parfum fruité à deux personnes différentes, vous pouvez être sûr que l’un sentira une odeur d’abricot, et l’autre une odeur de fraise. Pareil pour un vêtement : un tee-shirt peut être bleu foncé pour vous, et noir pour votre voisin. Bref, personne ne détient la vérité vraie sur les choses qui nous entourent car notre perception n’est pas objective. Il ne suffit donc pas de voir pour savoir, voilà ce que conclut Descartes.

Bon ok, mais comment il s’y est pris pour douter de tout ? 

Il ne faut pas croire que remettre tout son savoir en doute se fait en un claquement de doigt. Au contraire, pour y parvenir dans les règles de l’art et de manière rigoureuse, Descartes a créé sa propre méthode pour refonder son savoir sur des bases solides (d’où le titre de son célèbre ouvrage, Discours de la méthode).

Et sa méthode consiste à douter de tout, mais dans un ordre précis :

  1.  Il commence par examiner ses opinions douteuses, c’est-à-dire, toutes les idées reçues qu’il avait, et qui n’étaient pas fondées pour les éliminer (par exemple : penser que toutes les blondes sont teubées).
  2. Il doute ensuite des informations reçues par ses 5 sens (pour les raisons évoquées plus haut).
  3. Il remet en question les corps et la matière, car on les perçoit également grâce à nos sens.
  4. Il doute ensuite des vérités rationnelles (mathématiques, physiques, etc.)
  5. Puis il finit par douter de l’existence de Dieu, car Dieu est aussi une pensée qui provient de son esprit, et comme toute pensée créée par l’esprit, elle mérite d’être remise en question.

Il a bien découvert un truc après avoir douté 10 mille ans, non ? 

La réponse est OUI ! Mais le combat fut rude. Descartes, avec ses gros bras et son gros cerveau, a aussi dû se battre contre ce qu’il appelle “le malin génie”.

Ce qu’il appelle le “malin génie”, c’est un truc tout droit sorti de son imagination : il pense qu’un “malin génie” très puissant et très rusé se cache dans sa tête, et passe son temps à le tromper sur tout, même sur ce qui lui semble être le plus sûr.

Alors, après avoir exterminé ce malin génie, après s’être totalement dépouillé du moindre lien qui l’unit au monde, Descartes découvre UNE seule certitude : je suis “une chose qui pense”. 

Il réalise que même si ce malin génie a le pouvoir de le tromper en parasitant son esprit de fausses vérités, il y a UNE chose qu’il ne peut pas faire : ce génie trompeur ne pourra jamais empêcher Descartes de penser. Et qu’importe si ce qu’il pense est faux, ici, c’est l’acte de penser qui est le plus important.

Il ne saurait jamais faire que je ne sois rien, tant que je penserai être quelque chose.

Après avoir pris conscience de cette manipulation, Descartes arrête donc de douter.

Il a découvert une vérité indubitable : tant que je pense, j’existe. Même si tout ce à quoi je pense est faux ou illusoire, le fait de penser reste incontestable. Si ce génie me trompe, c’est avant tout parce que j’existe. Bref, tant que je pense, je suis quelque chose. Et aussi puissant soit-il, ce méchant génie dans ma tête ne pourra jamais supprimer mon existence. Voilà une chose de sûre.

Et qu’est-ce que ça a changé dans le monde ? 

Ça n’a l’air de rien comme ça, mais Descartes a vraiment bousculé les codes. À l’époque, la philosophie à la mode était la philosophie scolastique, gérée par l’Église — et ça rigolait pas. Elle consistait à apprendre les textes religieux pour apprendre à réfléchir, avec la religion au coeur de la pensée.

Mais au XVIe siècle, les philosophes commençaient à en avoir marre de “philosopher” sur des concepts anciens, alors de nouvelles philosophies et des découvertes scientifiques vont venir chambouler la scolastique. Mais l’Église, qui n’acceptait pas que l’on remette en cause sa représentation du monde, ne s’est pas laissée faire. Elle a même condamné Galilée en 1632, parce qu’il a démontré que la terre était ronde.

Heureusement que Descartes était en Hollande quand il s’est mis à douter. Il a donc pu rompre tranquillement avec la tradition scolastique en donnant une place centrale à la pensée et à la subjectivité humaine (et en laissant de côté la religion).

Petite conclusion pour briller en société 

Cette vérité incontestable que Descartes cherchait, c’était la pensée, ou plus précisément, l’acte de penser qui est si puissant parce qu’il nous appartient rien qu’à nous et cela, qu’importe l’absurdité de nos propos : on est et on restera des sujets qui pensent (et qui en ont conscience).

Cette découverte s’appelle le Cogito : le fameux “je pense donc je suis” — ou “cogito ergo sum” si vous voulez briller en soirée (note : le “u” en latin se prononce “ou” ; il faudra donc prononcer “soum” – c’était juste pour vous éviter de passer pour un teubé).

 

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Rédactrice — diplômée en littérature, passionnée de philosophie et de plein de trucs cool qui font réfléchir.
78 Comments
  1. Costy

    Merci

    • Doria Messaoudene

      Merci à vous :)

  2. JANVIER

    la pensée nous permet de quitter les questions de monsieur et madame tout le monde pour aller à l´horizon à partir duquel tout s´éclaire.

  3. Thérésia

    Super votre article !!!!

    • Doria Messaoudene

      Merci beaucoup !

  4. Martin Aude

    C'est formidable!

    • Doria Messaoudene

      Encore un grand merci !

  5. Manfred

    Bonjour! En mon sens la pensée est utile dans bien des domaines,pour ,expliquer,,imaginer ect.. Mais il faut la dépasser pour trouver le sens de la vie,qui est amour* Souvent les pensées sont répetitives ,négatives,fausses, sources de conflits. il faut cheminer vers le silence intérieur. J"aime bien votre plumes! Bonne continuation!

    • Doria Messaoudene

      Merci à vous pour ce commentaire ! :)

  6. Abdourazak hamad ali

    Merci j'ai trop bien compris

    • Doria Messaoudene

      Merci à vous d'avoir pris le temps de me lire :)

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