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Philosophie

Nietzsche et sa philosophie, expliqués simplement

Si vous vous intéressez de près ou de loin à la philosophie, le nom de Nietzsche vous est forcément familier. Peut-être avez-vous même déjà essayé de lire ses écrits, sans vraiment comprendre le fond de sa pensée complexe.

On le connaît pour ses concepts tels que l’amor fati, le surhomme, l’éternel retour… également pour son fameux « Dieu est mort » – punchline beaucoup trop audacieuse pour son époque – mais aussi pour ses adages qui parlent à tout le monde comme « ce qui ne me tue pas me rend plus fort »…

Nietzsche en 1875 (âgé de 31 ans)

Pour autant, comprendre réellement la philosophie de Nietzsche n’est pas chose facile… car même si son nom résonne partout aujourd’hui, Nietzsche est de loin l’un des philosophes les plus difficile d’accès.

Alors, faisons le point ensemble sur quelques concepts :

  • Qui est Nietzsche ?
  • Pourquoi « Dieu est mort » ?
  • Le surhomme, c’est un super-héros ?
  • Qu’est-ce que ça veut dire l’amor fati ?

Mais en fait, c’est qui Nietzsche ?

Pour comprendre la philosophie de Nietzsche, il faut d’abord cerner un petit peu le personnage. Je vais ici vous expliquer brièvement sa vie, mais vous pouvez aussi découvrir sa biographie complète.

Nietzsche, c’est l’histoire d’un philosophe allemand née en 1844, qui n’a pas été épargné par le malheur. Et ça commence dès son plus jeune âge.

Quand Nietzsche n’est encore qu’un enfant, son père tombe sur la tête et meurt subitement. Un an après, c’est le tour de son frère… Le petit Nietzsche grandit donc avec sa mère et sa sœur, dans la tristesse et dans le deuil… Pas très réjouissant.

Ce que je ne vous ai pas dit, c’est que sa famille est très pieuse. Son défunt père était pasteur. Alors, pour essayer de remonter la pente et tenter de se consoler de ses malheurs, la famille de Nietzsche cherche du réconfort dans la religion, au point que Nietzsche lui-même décide de faire des études de théologie pour perpétuer la tradition familiale, et devenir pasteur comme son père…

Nietzsche à 25 ans
Nietzsche en 1861 (âgé de 17 ans)

Mais très vite, il réalise que la religion ce n’est pas vraiment pour lui. Il bascule vers la philologie (étude historique d’une langue par l’analyse critique des textes), discipline qui ne lui plaît pas vraiment non plus, mais dans laquelle il excelle, et devient professeur à l’université à l’âge de 25 ans…

Et puis, son engouement pour la philosophie commence à naître et à prendre le dessus.

Nietzsche se pose un milliard de questions. Il réfléchit à la société dans laquelle il vit, au sens de la vie, au bonheur, au malheur… Et il se met à écrire, beaucoup. Et ses pensées sont tellement pertinentes qu’on parle de Nietzsche aujourd’hui pas seulement comme un super philosophe, mais comme un éveilleur de conscience.

Mais du coup… pourquoi Nietzsche pense-t-il que « Dieu est mort » ?

Comme je vous le disais, il y a des tonnes de questions qui taraudent notre Nietzsche. Mais il y a une réflexion en particulier qui est à l’origine de sa célèbre phrase « Dieu est mort » dont découle une grande partie de sa philosophie.

J’explique : Nietzsche se demande pourquoi ce Dieu que son père chérissait tant, lui a infligé autant de malheurs ? Pourquoi continuer à avoir un comportement religieux exemplaire si on en récolte que des souffrances ?

Suite à ces grandes questions laissées longtemps sans réponses, Nietzsche perd la foi et réalise une chose qui le préoccupe fortement : les hommes sont trop soumis aux institutions (à la religion, la politique, etc.) au point d’en devenir esclaves, d’en perdre leur liberté et de ne plus penser par eux-mêmes.

Pire encore, Nietzsche voit dans la religion une extrême négation de la vie : d’abord parce que la religion dévalorise le monde réel au profit d’un « arrière-monde », le paradis. Ensuite, parce que la religion réprime les plaisirs de la vie (désirs, passions, bonheur) et va même jusqu’à faire l’éloge de la faiblesse, des pauvres et des malades… Conclusion : la religion n’aide pas l’homme à vivre heureux, ni à croire en la vie !

La notion de « Dieu » a été inventée comme antithèse de la vie ! En elle se résume, en une unité épouvantable, tout ce qui est nuisible, vénéneux, calomniateur, toute haine de la vie.

Nietzsche, Ecce homo.

C’est donc pour cela que Nietzsche – qui je vous le rappelle, était destiné à devenir pasteur ! – a écrit « Dieu est mort ». Il n’a plus foi en Dieu qui, pour lui, opprime les hommes bien plus qu’il ne les aide à vivre.

Alors, plutôt que d’être les esclaves d’un Dieu qui fait plus de mal qu’autre chose, Nietzsche invite les hommes à ne plus se soumettre à la religion, à se défaire de toutes les illusions qui les empêchent d’être heureux… Mais surtout, il incite les hommes à prendre conscience de leur toute-puissance pour enfin être réellement libres et épanouis dans leur vie.

Autrement dit : Nietzsche préfère mille fois croire en l’homme et en la vie, qu’en un Dieu dévastateur.

Si vous voulez creuser davantage la question de “Dieu est mort”, j’ai écrit un article super simple et détaillé sur le sujet, et c’est par ici que ça se passe : « Pourquoi Nietzsche a dit « Dieu est mort » ? »

Nietzsche veut tuer Dieu pour devenir un « surhomme »

Voilà le projet de Nietzsche : il souhaite que les hommes réalisent qu’ils n’ont ni besoin d’une religion ni d’un Dieu pour se réaliser pleinement. Autrement dit, que chaque homme se libère du poids des institutions, de la religion, des traditions afin de vivre la vie qui est faite pour lui : la vie qu’il souhaite se créer…

En définitive, Nietzsche incite les hommes à devenir leur propre Dieu, en se transformant en « surhomme ».

Mais… comment on fait pour devenir un surhomme, me demanderez-vous ? D’abord, rassurez-vous, c’est à la portée de tous !

Selon Nietzsche, devient surhomme celui qui se libère de ses croyances, de ses idées reçues sur lesquelles il a bâti sa vie sans trop réfléchir – et qui mènent indéniablement au malheur… – en reconstruisant ses propres connaissances, en adoptant sa propre morale, ses propres valeurs. Pas en appliquant bêtement les codes ou les règles de vie d’une religion par exemple.

Ainsi, celui qui se libère de ce fardeau, celui qui se bat pour se créer ses propres lois et qui lutte chaque jour pour vivre en accord avec ses principes, c’est ce que Nietzsche appelle un surhomme !

Non pas un homme supérieur aux autres, mais un homme qui se transcende lui-même, un homme qui a confiance en lui, en sa toute-puissance, un homme qui devient celui qu’il veut être avec un enthousiasme profond pour la vie… En d’autres termes : un homme qui réalise qu’il peut être heureux ici-bas, et tout cela, sans l’aide d’un quelconque Dieu.

Et devenir un surhomme, ça mène au bonheur ?

Nietzsche a une philosophie du bonheur plutôt atypique. En effet, il est le philosophe qui conçoit le bonheur comme la réconciliation avec le malheur.

Concrètement, ça veut dire que la philosophie de Nietzsche n’apprend pas à éviter le malheur ou à y devenir insensible (contrairement aux philosophes de l’Antiquité) ; Nietzsche apprend plutôt à accepter la réalité de la vie… Et cette réalité, c’est d’admettre que la vie, dans sa globalité, est faite de bonheurs… mais aussi de malheurs.

Ainsi, est donc surhomme, celui qui accepte que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, celui qui a la force de vivre sa vie dans sa globalité : c’est-à-dire en vivant pleinement ses joies, et en traversant pleinement ses peines.

C’est de cette pensée là qu’est né un autre concept célèbre de Nietzsche qui s’appelle l’amor fati.

C’est quoi l’amor fati de Nietzsche ?

Un point de latin avant d’aller plus loin !

Amor fati signifie littéralement « l’amour du destin ». Et cet amour du destin, c’est pour Nietzsche le premier pas vers le bonheur.

En effet, comme je vous le disais, il s’agit de dire « oui » à la vie, « oui » à son destin. Mais attention, il ne s’agit pas d’un « oui » passif ou résigné qui serait celui du paresseux qui se dirait « à quoi bon vivre ? » et qui endurerait la vie dans la souffrance… NON !

Il s’agit d’un « oui » franc, honnête, digne d’un surhomme, qui marcherait la tête haute vers son destin en étant prêt à jouir de la vie dans les bons comme les mauvais moments.

Je veux apprendre toujours plus à voir dans la nécessité des choses le beau : je serais ainsi l’un de ceux qui embellissent les choses. Amor fati : que ce soit dorénavant mon amour ! (…) Je veux même, en toutes circonstances, n’être plus qu’un homme qui dit oui !

Nietzsche, Le Gai Savoir

Et Nietzsche, est-ce que c’était un surhomme ?

C’est effectivement de cette manière que Nietzsche a vécu sa vie, en parfait accord avec sa philosophie.

Rappelez-vous, je vous l’ai présenté comme un homme qui n’a pas eu beaucoup de chance dans la vie : mort de son père et de son frère dès son plus jeune âge, maladie grave – dont je ne vous ai pas parlé – qui a condamné Nietzsche à l’âge de 30 ans à vivre avec d’affreuses douleurs avant de sombrer dans la folie, vie amoureuse peu palpitante, conflits familiaux… et j’en passe.

Bref, soyons honnêtes, Nietzsche n’a pas été épargné par le malheur. Mais, à l’image de sa philosophie, il l’a accepté et a vécu pleinement ses souffrances, à tel point que sa maladie est même devenue un élément de son génie.

Pour finir, je vous laisserai sur ces jolis mots de Nietzsche, qu’il écrit lors de sa dernière année de lucidité en 1888, dans Ecce homo :

La maladie peut même être un stimulant énergétique de la vie, du surplus de vie. C’est ainsi que m’apparaît maintenant en fait cette longue période de maladie : j’ai découvert pour ainsi dire de nouveau la vie, moi-même inclus, je dégustai toutes les bonnes choses et même les petites, comme d’autres n’y parviendraient pas aisément – je fis de ma volonté de santé, de vivre, ma philosophie…

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